Anesthésiée

Seule au milieu de la foule.
Seule au milieu de la musique.
Je me sens éteinte.

Inerte au milieu de ce monde qui tourne, avance, dans un mouvement perpétuel, implacable, je regarde autour de moi. Je ne vois que peu de regards briller. On est tant à être seuls. Tous ensemble.

J’ai l’impression d’avoir perdu la clé me donnant accès à mes émotions. C’est donc comme ça quand on perd les nuances extrêmes ? Un peu triste, un peu mélancolique, un peu anxieuse, un peu contente d’y être, quand même. Un peu de tout au fond, mais vraiment vivante de rien. Une vie sous anesthésie.

Comment fait-on pour vivre au présent, quand il a perdu sa profondeur ?
Comment fait-on pour profiter de ce qui est là, maintenant, quand tout manque de saveur ?

Tant d’années que l’on me renvoie l’idée que je ressens trop, trop fort, trop souvent. Cette injonction récurrente selon laquelle je ne devrais pas ressentir les choses ainsi, que je devrais changer, faire des efforts pour maîtriser, canaliser mes émotions. M’anesthésier.

Mais je ne sais pas faire sans elles.
Je ne peux pas faire sans elles.
Je ne veux pas faire sans elles.

La disparition de leur intensité me laisse sans repère. Je me sens dépouillée de ce que je suis, incapable de savourer ces instants tant attendus. Tout est devenu si fade, après avoir été si vibrant.

Ce sont les émotions qui donnent du sens. Celles qui sont partagées.
J’ai besoin de me sentir connectée.
Coupée de l’essentiel, quel est l’intérêt ?

Ma boîte est fermée. La clé a été jetée. Mais je sais que je finirais par la retrouver.

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