Qui ne dit mot ne consent pas

(Attention certains liens dirigent vers des sites de témoignages de victimes de viol)

La sphère Internet bouillonne autour de la notion de consentement depuis plusieurs mois. Où que je tourne la tête, j’entends parler de consentement.

On parle du consentement des patients avant tout acte médical (invasif ou non, intime ou non), que celui-ci soit effectué sous anesthésie ou non, qu’il soit effectué en cabinet libéral, en centre hospitalier (que celui-ci soit universitaire ou non), qu’il soit effectué par un senior ou par un étudiant.
Ce questionnement est notamment né du mouvement #TVsousAG, dénonçant depuis plusieurs mois les touchers vaginaux sur patientes endormies pour lesquelles on a supposé un consentement sous prétexte qu’elles se trouvaient dans un hôpital universitaire ou pour lesquelles on l’a tout simplement nié, car inconscientes. Elles n’en sauront rien, quel mal à ça ?
Quand on y pense, il est facile d’élargir cette question à la dénonciation des maltraitances gynécologiques avec des témoignages toujours plus nombreux sur des actes médicaux (touchers vaginaux, frottis, pose de spéculum, palpations diverses, décollement des membranes pour déclencher l’accouchement, etc.) pas toujours nécessaires et sur lesquels les patients ne sont pas toujours informés et où leur consentement libre et éclairé n’est pas toujours sollicité. C’est évidemment sans compter les témoignages sur des gestes et paroles totalement déplacés de la part de certains “soignants” (un bisou sur un sein, les jugements moralisateurs sur la sexualité, les pratiques, l’état de santé, etc.).

On parle du consentement au sein des relations avec autrui. On en parle directement grâce à certaines vidéos, articles, BD qui ont circulé sur les réseaux sociaux. On en parle indirectement via les billets, témoignages et campagnes sur les violences sexuelles en milieu étudiant, sur le viol (conjugal, en milieu professionnel, de responsables, de parents, de rencontres d’un soir ou de toujours), sur le harcèlement de rue, etc.

Il ne se passe pas une semaine sans qu’un article, un témoignage, une polémique, un clip, une campagne ne sorte autour de l’un de ces sujets.

Et si tous ces sujets se rejoignaient autour d’une seule et unique problématique ?
Et si tout ça ne parlait en réalité que de se respecter les uns les autres ?

Quand on y pense, le consentement est une notion simple a priori.

Le consentement, qu’est-ce que c’est ? C’est s’assurer que la personne que l’on a en face de nous est d’accord, qu’elle accepte et qu’elle a compris ce qu’on a l’intention/envie de faire (que ce soit médical, intime, ou pas).
Ca implique que la personne soit en état de décider si oui OU non elle est d’accord.
Ca implique que cette personne soit consciente.
Ca implique qu’elle ne soit ni soûle, ni droguée.
Ca implique qu’elle ne soit pas vulnérable (pas de lien hiérarchique, de supériorité, d’autorité).
Ca implique d’apprendre qu’on a le droit de dire « oui » OU “non”.
Ca implique d’apprendre à accepter qu’on nous dise “non”.
Ca concerne tout le monde, tous les jours, dans toutes les situations.

Mais dans la réalité, est-ce si simple ?

J’ai découvert la notion de consentement à 25 ans passés.

On ne m’a jamais appris à dire “non” face à quelque chose qui me mettait mal à l’aise, qui touchait à mon intégrité physique ou psychique. On ne m’a jamais dit que j’avais le choix et surtout le droit de dire “non”. On ne m’a jamais assuré qu’au-delà du droit de dire “non”, quiconque avait le devoir de respecter ce “non”, en particulier quand il s’agissait de mon intégrité.
On ne m’a pas non plus appris qu’il était obligatoire que je m’assure du consentement d’autrui face à un comportement qui touchait à son intégrité physique ou psychique.

Quand je dis qu’on ne me l’a pas appris c’est qu’il y a beaucoup de choses qui m’ont été transmises de façon implicite. Sauf que toute chose implicite peut-être mal comprise ou juste pas entendue.

Quand on est enfant, on est confronté de façon perpétuelle aux adultes qui nient notre consentement.
Un enfant qui ne veut pas faire un bisou, un câlin : on l’y oblige.
Un enfant qui ne veut pas manger ce qu’il y a dans son assiette : on l’y oblige.
Un enfant qui ne veut pas prêter son jouet : on l’y oblige.
Au-delà de l’éducation nécessaire pour apprendre la politesse et un certains nombres de valeurs nécessaires à la vie en société, au-delà du fait que je crois qu’il faut mettre des limites à un enfant, il y a quand même des situations qui nient totalement l’enfant en tant qu’individu.
Obliger un enfant à dire bonjour, c’est lui enseigner la politesse. Obliger un enfant à faire ou recevoir un bisou, c’est lui enseigner que son envie face à un contact physique (qui n’a rien d’indispensable pour être poli) n’a pas à être prise en considération.
Je trouve ça grave. Je trouve ça d’autant plus grave qu’on enseigne ça à un individu vulnérable qui n’est, a priori, pas capable de remettre en question ce type d’obligation sur le moment. Et ça peut devenir problématique quand la personnalité et l’expérience de l’enfant, en grandissant, ne lui permettront pas cette remise en question. Parce que dans son esprit, intrinsèquement, implicitement, il aura intégré que son envie n’a pas à être considérée.

Quand j’ai découvert la notion de consentement, je me suis dit : “Comment ai-je pu rater une chose aussi importante et en même temps aussi évidente ? Comment ai-je pu passer à côté d’un tel enseignement ?”. J’avais l’impression que c’était une évidence pour tout le monde, le consentement, sauf pour moi. Il m’arrive encore de croire cette impression. Mais en réalité, si Internet bouillonne à ce point autour de toutes ces questions, c’est que ce n’est pas évident. Pour tout le monde.

Il y a des gens pour dire “mais si on impose pas l’acte médical, les étudiants en médecine ne pourront jamais apprendre”.
Il y a des gens pour dire “mais c’est bon, je peux bien parler à qui je veux dans la rue, ça va, je fais rien de mal”.
Il y a des gens pour dire “mais on est ensemble/pacsés/mariés”.
Il y a des gens pour dire “mais il/elle m’a embrassé/e”.
Il y a des gens pour dire “mais t’as vu comment il/elle était habillé/e aussi ?”.

Chacune de ses assertions mériteraient un billet de blog à elles seules pour expliquer, encore, que non, il n’y a pas de “mais”.

Non, il n’y a pas de “mais” quand il s’agit de respecter que l’individu en face de nous est un être humain, de chair, de sang, de ressentis, de sentiments, d’histoires, d’expériences. Qu’il est important par le simple fait qu’il existe et qu’il est. Qu’il n’est ni plus, ni moins important que l’individu d’à côté. Et qu’à ce titre, son consentement est une obligation préalable à tout ce qui touche à son intégrité.

On est tous responsables des conséquences de nos actes et de nos mots sur ceux qui nous entourent.
On est tous responsables de la prise de conscience autour du consentement.
On est tous responsables d’enseigner, de respecter et d’accepter le consentement d’autrui.
On est tous responsables de s’assurer que cette notion soit transmise, comprise et intégrée par nos enfants de manière explicite.
On est tous responsables.

Jamais on ne pourra accepter le qui ne dit mot consent. Jamais.

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Pour aller plus loin (certains liens ont été inclus dans le texte, mais pas tous) :

Consentement :
– Le consentement avec une tasse de thé (en anglais) : http://www.dailymotion.com/video/x2seq4q
– ce que j’aurais voulu entendre à 15 ans : http://cafaitgenre.org/2014/04/09/ce-que-jaurais-voulu-entendre-a-15-ans/
– Projet crocodiles : http://projetcrocodiles.tumblr.com/
– Consentement et médecine : http://jenaipasconsenti.tumblr.com/
 Paye ta shnek : http://payetashnek.tumblr.com/

#TVsousAG :
– Tu ne sauras jamais : http://sous-la-blouse.blogspot.fr/2011/06/tu-sauras-jamais.html
– Point de départ du hashtag : https://storify.com/HygieSuperBowl/le-toucher-vaginal-sur-patiente-endormie-est-un-fa
– Histoire d’une mobilisation : https://storify.com/ClaradeBort/touchers-vaginaux-sous-anesthesie-naissance-d-une
http://enjupe.com/2015/02/15/touchers-vaginaux-sous-anesthesie-generale-une-mobilisation/
– http://www.metronews.fr/info/touchers-vaginaux-sur-patientes-endormies-un-tabou-a-l-hopital/moaC!txk2bsiOnYXIU/
– http://www.slate.fr/story/107761/maltraitances-gynecologiques-touchers-vaginaux
– http://www.slate.fr/story/108847/rapport-conference-doyens-facs-medecine-touchers-vaginaux

#PayeTonUtérus et maltraitances gynécologiques :
– Storify du hashtag : https://storify.com/ondeejeune/paye-ton-uterus
– Emission « Sur les docks » – France Culture : http://www.franceculture.fr/emission-sur-les-docks-collection-temoignages-maltraitance-gynecologique-2015-09-28
http://marieaccouchela.blog.lemonde.fr/2015/10/20/melanie-dechalotte-la-journaliste-qui-a-brise-le-tabou-des-maltraitances-gynecologiques-sur-france-culture/
http://www.franceculture.fr/2015-09-30-il-me-fait-un-bisou-sur-un-sein-maltraitance-gynecologique-vos-temoignages
http://www.madmoizelle.com/maltraitance-gynecologique-temoignages-438587
http://www.metronews.fr/blog/ovidie/2015/09/29/pour-en-finir-avec-la-maltraitance-gynecologique/
http://marieaccouchela.blog.lemonde.fr/2015/03/09/le-vagin-non-sexuel/
– https://ondeejeune.wordpress.com/2015/10/25/maltraitance-medicale-et-mauvaise-foi/

Témoignages de victimes de /!\ viols /!\ :
– Je connais un violeur : http://jeconnaisunvioleur.tumblr.com/
– Viol conjugal : http://www.madmoizelle.com/victime-viol-conjugal-temoignage-259893
– Je suis un homme victime de viol conjugal : http://www.madmoizelle.com/viol-conjugal-hommes-337616

Une réflexion au sujet de « Qui ne dit mot ne consent pas »

  1. on n’a pas à obliger un enfant à dire bonjour, pas plus qu’à subir un bisou non accepté. Ca relève du même type de violence.

    Un enfant dira bonjour spontanément s’il est libre de le faire, et s’il vous voit le faire quotidiennement – et non s’il vous voit le faire pour lui apprendre à le faire.

    On ne doit pas forcer un enfant – pas plus qu’un adulte. Aussi simple et basique que ça.

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