Les désenchantés

Il l’aime.
Elle l’aime.
Ils sont aimés. C’est ce qu’ils voient. C’est ce qu’ils croient. C’est sans doute ce que croit l’Autre, lui aussi.

Il plie l’échine face aux reproches incessants et fait davantage d’efforts pour être à la hauteur des exigences de l’Autre.
Elle croit l’Autre quand il lui dit, avec tout son amour, à quel point tout est de sa faute, à elle.
Ils n’existent plus en dehors de l’Autre, ou si peu.

Comment réaliser que tout ça, ce n’est pas de l’amour ?
Comment réaliser que tout ça, ce n’est qu’une prison qui s’est construite insidieusement autour d’eux ?

Le temps file jusqu’au jour où ils prennent conscience que ce n’est pas normal.

Le statut de l’Autre, ce compagnon, ce parent, cet ami, cet amant, par essence, représente quelqu’un qui leur veut du bien, qui souhaite leur bonheur, leur épanouissement, leur accomplissement.
Alors comment imaginer, qu’en réalité, tout ça est malveillant ? Que les conséquences de cet amour sur leur estime d’eux, leur liberté, leur avenir, leur vie seront destructrices ? Que les cicatrices de cette relation seront indélébiles ?

Comment voir ces chaînes invisibles ?
Comment les briser ?
Comment s’en libérer ?

Et ensuite ?
Comment reconstruire ?
Comment espérer ?
Comment croire ?

Comment peuvent-ils parvenir à faire confiance de nouveau ?
La malveillance, qu’elle soit consciente ou inconsciente de la part de l’Autre, n’est pas toujours flagrante. Quand elle l’est, le cerveau peut se mentir, par amour, par obstination, par naïveté. Quand elle l’est, elle peut ne l’être que pour celle/celui qui la subit ou au contraire, elle peut ne l’être que pour l’entourage de celle/celui qui la vit.

Comment, ensuite, peuvent-ils ne pas se méfier de tous, de tout le monde, même d’eux-mêmes ?
Ceux qui sont ou pourraient être responsables de malveillance.
Ceux qui n’ont pas reconnu cette malveillance.
Eux-mêmes, de ne pas avoir vu la malveillance.

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Je connais des désenchantés. Je ne peux pas imaginer ce qu’ils ont traversé ou ce qu’ils traversent encore.

J’espère que leur route les mènera vers des gens bienveillants qui leur permettront de se redécouvrir libres afin qu’ils puissent laisser ce passé loin derrière eux, sans qu’il ne les hante, jour après jour.
J’espère qu’ils pourront, une nouvelle fois, toucher du bout des doigts l’insouciance.
J’espère qu’ils seront à nouveau eux-mêmes sans limites, sans peurs, sans barrières.

J’ose croire qu’un jour, ils parviendront à briser leurs chaînes, à croire, à espérer, à lâcher prise, à se libérer, à vivre, à être heureux, à aimer de nouveau.

Je leur souhaite d’être entourés et aimés avec bienveillance, avec respect, pour ce qu’ils sont et pas pour ce que l’Autre aurait voulu qu’ils soient.

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