C’est quoi être adulte, au juste ?

Les jours, les mois mais surtout, les années passent. Nous prenons de l’âge. Nous avançons dans la vie. D’abord, nous sommes des enfants, puis des ados, puis des grands ados et des jeunes adultes. A chaque année supplémentaire, le terme « adulte » devient une étiquette de plus en plus réelle. Elle nous est accolée comme si elle nous définissait. Nous sommes à l’âge adulte. Mais au juste, c’est quoi la différence entre hier et aujourd’hui ?

J’ai souvent entendu des adultes, d’âges plus ou moins avancés, me dire que oui, ils avaient « cet âge » mais qu’ils avaient l’impression que leurs 20 ans étaient hier. Qu’ils ne se sentaient pas plus adultes qu’alors. Aujourd’hui, leur vie est différente, seulement moins insouciante. Pour autant, ils étaient toujours effrayés par le monde, par les responsabilités, par les nouvelles expériences, par ce qu’on attendait d’eux. Alors elle est où la différence ?

Sommes-nous plus légitimes de faire tourner le monde ?
Sommes-nous prêts à être des adultes ?
Sommes-nous adultes ?

 

Avec l’âge, nous accumulons de l’expérience. Cette expérience se constitue des épreuves que nous avons pu être amenés à traverser, à nos études, à nos formations, à nos relations, de notre vie en fait.
Mais il y a la notion de maturité aussi. Peut-on confondre maturité et expérience ?
Avec l’expérience, avec les épreuves, on acquiert de la maturité. Pourtant, il y a bien des jeunes qui présentent une maturité que certains adultes, malgré leur expérience, n’ont pas.

Ce qui différencie l’adolescent de l’adulte, n’est-ce pas simplement ce que le monde, la société attend de lui ? Du fait de son âge, on attend de l’adulte qu’il soit responsable, qu’il prenne en compte les conséquences possibles, on lui assigne des missions qu’on ne confierait pas à un enfant, parce que c’est un adulte, mais seulement pour ça ?

 

Les années passent. Mon âge augmente, inexorablement. Mais suis-je réellement plus adulte que lorsque j’avais 20 ans ?

Je suis bien loin de l’âge où j’étais protégée par le cocon familial, où j’avais quelqu’un qui pensait à tout pour moi en tout temps. J’acquiers de l’expérience. Les épreuves me changent, me font réfléchir, me font évoluer. Je ne vis plus dans la même sécurité que lorsque mon quotidien n’était que de suivre ce qu’on attendait de moi. Pourtant, je ne me sens pas plus mature qu’il y a 10 ans. Je me pose toujours autant de questions, je n’ai pas davantage confiance dans le monde et dans mon avenir. Je n’ai pas moins confiance non plus. Ai-je simplement perdu mon insouciance trop tôt pour ne pas percevoir la différence ?

 

Je ne crois pas que j’ai plus de recul face à la vie, face aux relations, face au monde.
Je ne crois pas que je sois plus mature ou plus légitime de porter un jugement sur le monde que les plus jeunes.

Je crois qu’on est tous des enfants.
Notre valise s’alourdit avec le temps.
Notre histoire se complète un peu plus à chaque seconde.

Mais nous sommes seulement des enfants auxquels on demande plus. Sur le seul argument de l’âge, les tâches qui nous incombent sont plus pesantes, leurs conséquences sont plus graves, leur réalisation plus délicate.

Mais nous ne sommes tous que des enfants. Les plus jeunes se tournent vers leurs aînés en ayant la certitude qu’ils savent, qu’ils ont l’expérience, qu’ils sont adultes. S’ils savaient qu’en fait, on ne sait pas plus qu’eux, ce que l’on fait…

 

Quelqu’un m’a dit un jour : « on devient adulte le jour où on perd nos parents ».
On devient adulte le jour où on a plus de harnais pour nous rattraper.
On devient adulte le jour où notre entourage ne peut se tourner que vers nous en cas de besoin.
On devient adulte le jour où on est livré à nous-mêmes. Pour de vrai.

Finalement, l’âge adulte, est-ce perdre son repère, son phare, son filet pour en devenir un soi-même ?

L’âge adulte c’est avancer sans filet.
L’age adulte c’est progresser vers l’inconnu.

C’est ça ?

 

En fait, l’âge adulte n’existe pas.
Il n’existe pas cet âge où on se réveille, un beau matin et on se sent adulte. Nous ne sommes que des gamins qui tentons, tant bien que mal, de mener notre barque pour avoir l’air adulte, responsable, mature, expérimenté.
Il n’existe pas cet état où on sait où on va, où on sait comment on va emmener les gens qui ont grimpé dans notre barque au fil de l’eau et des embarcadères.

Il n’y a que la vie qui progresse, inexorablement, on ne sait comment, on ne sait vers où.
On ne peut que la suivre, en portant notre valise, en apprenant à se contenter de nous-même pour nous relever.

C’est peut-être juste ça, être adulte.

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