Pensées aux patients patients

Aujourd’hui, je pensais obtenir des réponses et j’ai été confrontée à des limites auxquelles je ne m’étais pas préparée.

Aujourd’hui, j’ai reçu des décharges électriques dans la jambe, on m’a plantée des aiguilles dans les muscles, j’ai provoqué un retard de consultation pour les 3 patients qui me suivaient, on m’a fait 5 ordonnances et prescrit de nouveaux examens.

Aujourd’hui, pour la première fois, j’ai été face au médecin perplexe face à ce qui s’affiche devant lui, au médecin qui ne sait pas quoi dire, quoi expliquer, quoi faire, au médecin qui va devoir revoir les résultats des examens car ce n’est pas ce à quoi il s’attendait.

Aujourd’hui, en sortant de la clinique, la pluie et la nuit commençant à s’abattre sur le sol encore imprégné de cette douce journée, je me suis sentie seule et apeurée.

Bien heureusement, ce sentiment n’a duré que deux heures. Relativisons, on ne parle que d’un orteil et un bout de jambe, d’un déficit moteur et sensitif qui ne m’empêche ni de vivre, ni de me déplacer, d’une amyotrophie qui va reculer avec un peu de kiné. Je crois encore que tout ça peut être bénin et ne nécessite qu’une exploration un peu plus approfondie pour découvrir la source du problème afin de permettre le traitement adéquat.

Mais durant ces deux heures, je n’ai pu contrôler, maîtriser, calmer l’appréhension des examens à venir, l’inquiétude de mes questions toujours sans réponse et la peur que la réponse puisse être plus éprouvante que ce que j’imaginais.

Durant ces deux heures, j’ai pensé à tous ces patients qui consultent leur médecin pour une simple douleur ou gêne, à qui il est prescrit quelques examens complémentaires et qui voient le visage de leur médecin se fermer à la lecture des résultats.

Durant ces deux heures, j’ai pensé à toutes ces personnes qui ont dû endurer les limites de leur médecin pour faire face à des questions temporairement sans réponse, à qui on laissait entendre qu’il y avait quelque chose de vraiment pas normal, mais qu’il fallait explorer davantage pour pouvoir conclure. Toutes ces personnes qui ont dû endurer la patience jusqu’aux dates d’examen, puis la patience jusqu’aux résultats.

Durant ces deux heures, j’ai pensé à tous ces individus qui, à partir de signes bien plus bénins que les miens, se sont retrouvés à devoir affronter des pathologies gravissimes. Qui en quelques instants, ont basculé de l’état de bonne santé à l’état de maladie.

Aujourd’hui, l’espace de deux heures, j’ai eu le sentiment de frôler du bout de mes doigts ce qu’ils ont pu ressentir jusqu’à l’instant du diagnostic posé. Mon sentiment a été furtif car je continue à penser que je ne suis confrontée qu’à une compression de nerf un peu plus particulière que ce à quoi ma neurologue est habituée et qu’il ne me faut qu’un peu de patience avant d’avoir des explications et que tout cela rentre dans l’ordre.

Ce soir, je pense à eux tous, qui ont eu à affronter les limites, l’inquiétude, la patience puis la maladie. Qui se battent ou se sont battus. Et je souhaite que mes pensées restent tournées vers eux, ces patients patients.

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