Confiance

Je n’ai pas confiance en moi. Je sais que j’ai des qualités. Je sais que j’ai des défauts. Je sais être fière de moi, de ce que j’entreprends ou de ce que je fais. Je sais exprimer ma fierté à mon entourage ou à des inconnus. Mais je n’ai pas confiance en moi.

Je ne sais pas quand et pourquoi ce manque de confiance est apparu dans ma vie.
Quand j’étais petite, j’avais de bonnes notes à l’école. J’avais plein de copains-copines. J’étais aimée des miens. Ils étaient fiers de moi et ne manquaient pas de l’exprimer. Quand j’y repense, j’étais bien assise sur cette fierté. Je n’avais pas peur, j’étais même parfois une vraie peste, gâtée et arrogante. Ce n’était pas volontairement méchant envers les autres, mais cette fierté était ce qui me faisait exister aux yeux des autres.

Ce sentiment sans faille a perduré jusqu’à mon entrée au collège. Dans ce type de transition, on passe des “plus grands” aux “plus petits”. Je me suis retrouvée dans une classe avec quelques caïds qui me faisaient peur, alors que jusqu’à maintenant j’en avais toujours été protégée et ce malgré que je sois dans l’école de la ville dont dépendait les logements sociaux et les familles les plus défavorisées de la ville.
Je ne sais pas si cette transition entre l’arrogance et la peur s’est faite d’un coup, sans que je m’en rende compte ou si ça a été plus sinueux au fil des premières semaines au collège. Quoiqu’il en soit, j’ai changé à ce moment-là. Profondément changé.

J’ai passé mes années suivantes de collège dans l’ombre des personnes que je côtoyais. Je n’avais plus confiance en moi, j’avais peur et je tentais inconsciemment de me protéger en étant dans l’ombre. Et je faisais de mon mieux pour plaire à ces personnes, ce qui faisait de moi quelqu’un d’influençable, manipulable, donc fragile.

Puis est arrivé le lycée. Vous savez, ces années qui sont censées être les plus belles de votre vie ? Pour moi le lycée a été un calvaire. Je me suis sentie seule, isolée et le vilain petit canard des gens de ma classe. Je ne disais rien, ne faisais rien mais je me sentais totalement exclue de cette classe si soudée.
Au lycée, je n’étais plus dans l’ombre de personne car j’étais seule (ou presque et je remercie encore les rares personnes qui ont été là pour moi, même durant ces années, elles sont rares). En dehors du lycée, j’étais dans l’ombre de mon petit copain de l’époque. Toujours dans l’ombre de quelqu’un… C’était ma protection et mon malheur aussi.

Le baccalauréat en poche, j’ai fui. Pour différentes raisons, certaines légèrement évoquées ici. Parce que je voulais quitter cette région, ces gens. Parce que je ne supportais plus de vivre avec ma famille. Parce que j’avais envie de découvrir de nouvelles choses, de nouvelles personnes. Je voulais repartir à zéro, ailleurs, loin.

A la fac, j’ai pu rencontrer de nouvelles personnes. Malheureusement, quand on triple la première année, ça complique un peu les relations avec les gens que l’on rencontre. Puis je me suis glissée dans l’ombre de quelqu’un, une amie. Ça a duré plusieurs mois, mais j’ai tout de même conservé une partie de mon sale caractère malgré ma peur des autres, de décevoir les autres, mon besoin de reconnaissance. Ce sale caractère a fini par refuser d’être totalement dans l’ombre, sous l’influence de cette amie. Ça a été la fin de cette amitié.

Aujourd’hui, je vais avoir 25 ans dans quelques jours à peine. Et je n’ai pas confiance en moi. Pourtant j’ai travaillé dur pour tenter de retrouver une partie de cette confiance. Souhaitant passer le concours de l’Internat en Pharmacie, après un burn-out lors de ma 3e année, j’avais besoin de me prouver que j’en étais capable. Et pour me le prouver, il fallait que mes résultats soient à la hauteur. Comme lorsque j’ai triplé ma P1. Je devais me prouver à moi et au monde entier que j’en étais capable. J’y suis parvenue. Lors de la 4e année, réputée comme la plus dure de nos études (de la rigolade à côté de la P1), j’ai tenté de faire de mon mieux. Je n’étais pas sure de moi. Je n’ai pas travaillé sans relâche, mais je me suis donnée. Et pour la première fois de ma vie, j’ai vécu mes partiels « sereinement » (autant que faire se peut). J’en suis sortie en étant contente de moi pour la majorité des matières et les résultats ont dépassé mes espérances que se soit en terme de notes ou de classement.
Tout ça m’avait redonné une certaine confiance. J’avais les capacités, la volonté et la motivation pour affronter ce fichu concours supplémentaire. Si je travaillais, il n’y avait aucune raison que j’échoue. Ni même que je doive le passer une 2e fois. J’en avais la certitude.

Mais on ne peut jamais rien prévoir dans la vie. Ma grand-mère a fait un infarctus, à 89 ans. Des années que je me prépare au fait qu’il puisse lui arriver quelque chose, car ça arrivera un jour. Mais non, c’était le choc. Pourtant, elle s’en est sortie et a aujourd’hui repris une vie autonome, dans la maison où j’ai passé tant de vacances. Mais ça a été un choc.
La vie ne tient qu’à un fil. Elle n’aurait pas été chez mes parents le jour de son infarctus, les secours auraient été alertés plus tardivement, elle n’aurait pas été transportée si rapidement dans un excellent service d’urgences cardiaques et elle ne serait sûrement plus parmi nous.

Cet événement, bien qu’il se soit « bien terminé » a chamboulé beaucoup de choses dans ma tête. La vie est précieuse, unique, peut se terminer en un battement d’ailes de papillon. Il faut donc la saisir, la croquer à pleine dent, ne rien regretter.

J’ai donc quitté le garçon avec qui je partageais ma vie depuis plus de 3 ans. Car cela faisait déjà des mois qu’au fond, je savais que ce n’était pas possible entre nous, malgré tout l’amour que j’avais pour lui.
Je n’y croyais pas, mais les incompatibilités, c’est possible, même avec tous les sentiments du monde. J’avais peur de me retrouver seule, mon âge, ce concours, mes projets de vie personnelle. Mais ce n’était pas la bonne personne alors j’ai pris la décision de tout arrêter là. Je lui ai fait beaucoup de mal. Mais j’espère qu’un jour, il sera en mesure de comprendre.

A côté de ça, je travaillais pour le concours, depuis déjà plusieurs semaines. J’étais motivée comme jamais, confiante : je voulais et je devais y arriver. Car je voulais partir. Oui, encore une fois, partir, loin, ailleurs, découvrir de nouvelles choses et de nouvelles personnes.

Mais ce garçon est entré dans ma vie. Il y est entré aussi violemment qu’il en est sorti.
En quelques jours, il m’a mise sur un piédestal. Son doux regard sur moi m’a fait me sentir vivante. Les événements des semaines précédentes m’ont fait penser que je devais saisir ces moments. Les vivre, pour ne pas regretter.
Et tant pis pour le concours, je travaillais moins, mais ce n’était pas grave, ça allait revenir. Car je le voulais ce concours, je savais que j’avais les moyens de l’avoir, donc ça allait revenir.
Mais tout s’est arrêté brutalement. Je suis tombée. Je me suis écrasée au sol. J’ai été enterrée en quelques instants. J’ai été totalement abandonnée à ma détresse.

Finalement, ce qui est dur ce n’est pas de renoncer à cette histoire qui n’avait pas eu le temps de débutée. Il a ses raisons, je les comprends, je les accepte. La vie est ainsi faite.
Ce qui est dur, c’est cette impression de ne pas valoir la peine, de ne pas être suffisamment à la hauteur pour mériter une aide minimale pour passer le cap. Et cette sensation a fait s’écrouler toute la confiance que j’avais difficilement réussi à acquérir ces derniers mois. Cette confiance qu’il avait consolidée durant plusieurs semaines, pour ensuite la réduire en miettes en quelques instants par sa fuite, sa lâcheté à refuser de m’affronter.

Je me suis tellement battue pour reconstruire cette confiance ces dernières années que je voudrais juste qu’il me la rende.
Je voudrais juste qu’on me rende ma confiance, ma joie de vivre, mon sourire et mes capacités à affronter le concours, même si c’est fichu pour cette année…

J’ai honte de me sentir si mal et si rabaissée par cette histoire. Je ne pense pas que se soit juste un problème d’égo blessé, je pense que c’est un problème d’égo méprisé.

C’est le regard des autres sur moi qui me rend vivante. C’est ce besoin perpétuel de reconnaissance sur tout ce que je suis, sur tout ce que je fais. Cette difficulté à décider quelque chose seule. Cette difficulté à affronter le fait qu’on ne peut pas plaire à tout le monde, ni s’entendre avec tout le monde et que ce n’est pas grave.

Je me sens bête de ne pas me considérer suffisamment bien pour penser que seul ce que je pense de moi compte. Je me sens nulle de ne pas réussir à me convaincre que le regard des autres, la reconnaissance, ce ne sont que des bonus.

Aujourd’hui, je vais avoir 25 ans dans quelques jours à peine. Et je n’ai vraiment pas confiance en moi.

3 réflexions au sujet de « Confiance »

  1. C’est très difficile d’avoir confiance en soi… Je crois que j’ai jamais eu confiance en moi… Probablement à cause de ce poids que je porte (oui le VRAI poids, pas un poids au sens figuré…). Je pense qu’avec un tas de kilos en moins, j’aurais eu plus d’assurance, je n’aurais pas été le meilleur ami des nanas, leur confident, et je n’aurais peut-être connu jamais la « friendzone »…
    Même l’impro théâtrale ne semble pas vraiment m’aider en fait… J’y ai cru au début, mais je suis toujours à côté des autres, ni dans les anciens, ni dans les nouveaux avec mon année d’expérience…

    Bref, faut savoir se faire confiance parfois ;)

  2. Je vais tacher de suivre ton conseil même s’il semblerait que tu devrais le suivre toi-même :)

    Courage, il faut se battre pour sa confiance. Ceux pour qui elle est innée deviennent suffisants et méprisants avec les années… Les autres se souviennent de leur difficulté et font parfois preuve de plus d’humilité et sans aucun doute plus de mérite…

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